Les travaux de 1922 à 1982 - Bégram

Repéré par Alfred Foucher dès février-mars 1923 et fouillé sans succès par Jules Barthoux fin 1925, le site archéologique de Bégram retient rapidement l’attention de Joseph Hackin, devenu directeur de facto de la DAFA en 1934. Dès 1935, un plan de recherches est soumis à la Commission des fouilles d’Afghanistan et le premier chantier est ouvert en avril 1936 par Jean Carl et Jean Meunié, sur la « Nouvelle ville royale ». En avril 1937, le site révèle son extraordinaire richesse : sur le second chantier, dirigé par Ria Hackin, la chambre 10 livre des gobelets en verre richement peints, des plats en bronze, etc., mais surtout des plaquettes et des bandes en ivoire gravées ou sculptées qui formaient le revêtement extérieur de tabourets de bois. Les découvertes, qui se poursuivent les années suivantes jusqu’en 1941 puis en 1946, assurent la célébrité du site, que J. Hackin date de la période des Grands Kouchans (du ier au iiie siècle après J.-C.).

Les ivoires de Bégram, qui proviennent très probablement d’Inde, sont contemporains du « style de Mathurā », qui se caractérise en particulier par des formes et des visages très ronds. Les motifs sont extrêmement variés : portiques, tritons, motifs végétaux, animaux fantastiques, mobilier, etc. Les fouilles de la chambre 13 augmentent considérablement les quantités d’ivoire mises au jour, avec les plaques d’ivoire recouvrant un siège, dont Pierre Hamelin propose une restitution. Enfin, l’étude comparative des ivoires les situe entre le dernier quart du ier siècle et le premier quart du iie siècle.

Les objets de verre se retrouvent sous de multiples aspects (vases, verres, bols, rhytons, gobelets, etc.) et se distinguent par leur finesse, notamment le bol millefiori ou les flacons ichtyomorphes. La thèse d’une provenance de l’empire romain, et plus précisément d’Alexandrie en Égypte par la voie maritime, est défendue dans une étude comparative d’Otto Kurz (Hackin 1954), qui se fonde sur des découvertes similaires et sur les témoignages des sources (Strabon, Périple de Mer Érythrée). Celui-ci propose de dater ces pièces du milieu ou du troisième quart du ier siècle.

La fouille de Bégram est également précieuse pour la quarantaine d’emblemata (médaillons de plâtre) découverts dans la chambre 13, qui apportent un témoignage inédit sur l’art hellénistique en Asie Centrale. Les scènes représentées sont quasi-exclusivement tirées de la mythologie grecque (Dionysos et son cortège, Athéna, etc.). La fonction de ces médaillons, datant du ier siècle et dont la provenance est d’après O. Kurz à nouveau à chercher à Alexandrie, était de constituer un corpus iconographique pour les artistes.

Présenté par J. Hackin comme la rencontre de trois civilisations (Inde – Grèce – Chine), le site archéologique de Bégram a grandement contribué à faire connaître les travaux de la DAFA aussi bien en France qu’en Afghanistan. Les exceptionnelles découvertes faites par les archéologues français permettent de commencer à répondre aux questions sur les échanges commerciaux entre est et ouest, et sur l’hellénisme en Asie Centrale.

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Bibliographie

P. Cambon

2006

« Begram, ancienne Alexandrie du Caucase ou capitale kouchane ? », in P. Cambon, J.-F. Jarrige, P. Bernard & V. Schiltz, Afghanistan, les trésors retrouvés. Collections du musée national de Kaboul, Réunion des Musées Nationaux-Musée national des arts asiatiques Guimet, Paris, p. 81-111.

R. Ghirshman, avec la collaboration de T. Ghirshman
J. Hackin, avec la collaboration de R. Hackin
J. Hackin, J. Carl & J. Meunié
J. Hackin, avec la collaboration de R. Hackin, J. Carl & P. Hamelin : Etudes comparatives par J. Auboyer, V. Elisseeff, O. Kurz et Ph. Stern
P. Hamelin
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