Ulug-dépé, Turkménistan

Ulug-dépé ou "grand monticule" est l’un des sites archéologiques majeurs du Turkménistan. Il se situe dans les piémonts du Kopet Dâgh, autrefois bordé par la rivière Kelet. Ce site aux avantages géographiques, stratégiques et environnementaux présente une séquence stratigraphique de plus de 30 m, couvrant 6000 ans de chronologie du Chalcolithique jusqu’au début de l’époque Hellénistique.

Ulug-dépé est fouillé depuis 2001 par la Mission Archéologique Franco-Turkmène (MAFTur). Les recherches archéologiques menées à Ulug-dépé et le programme de prospection entrepris sur le site et sa région permettent de documenter l’histoire des communautés agro-pastorales sédentaires de l’Asie centrale et participent à la mise en valeur de son patrimoine culturel.

Le site d’Ulug-dépé couvre15 ha et atteint une hauteur de 30 m au-dessus de la plaine actuelle, permettant une vue probable du dépé à une distance de 30 km à la ronde. Bien que l'occupation Néolithique soit pressentie, c'est surtout dès le Chalcolithique ancien (5000-4000 avant J.-C.), qu'à Ulug-dépé se développe un système villageois dont la population pratiquait une agriculture irriguée et l’élevage du bétail. La fouille de nombreux fours de terre dans la zone d’habitation est le témoignage d’une intense activité artisanale et la découverte de matières exotiques telles que les perles miniatures en turquoise et lapis lazuli reflète des échanges interrégionaux.

L’âge du Bronze ancien (3000-2500 avant J.-C.) est marqué par le développement de l’urbanisation dans la civilisation de l’Oxus. Ulug-dépé devient une cité dont l’histoire s’inscrit dans plus de 7,50 m de stratigraphie. La population s’est regroupée au Nord du site et un mur de fortification de 2 m de large a été construit.

L’âge du Bronze moyen (2500-2000 avant J.-C.) se caractérise par un intense développement urbain reflet d’une société proto-étatique en raison de l’édification d’impressionnants monuments publics. On assiste à la mise en place d’industries spécialisées (céramique, métallurgie) et d’art de la pierre avec des échanges à longue distance. L’étude de la céramique d’Ulug-dépé révèle des changements technologiques importants dans ses modes de production. Alors que la civilisation de l’Oxus connaît de profondes mutations à la fin de l'âge du Bronze entre 1800 et 1500 avant J.-C. avec une réduction des sites et une diminution des échanges à longue distance, cette phase n’est pas attestée à Ulug-dépé.

L’apparition des cultures de l’âge du Fer est présente dans la zone Nord-Est d’Ulug-dépé avec une stratigraphie importante des Cultures à céramique modelée peinte du Fer ancien. Une prospection magnétique menée en 2003 a révélé la présence de bâtiments publics monumentaux sur le sommet du dépé, datés de 1100-900 avant J.-C. : une citadelle colossale, une probable résidence palatiale et un complexe religieux. Des murs d’enceinte semblent délimiter la ville basse extérieure à la ville haute renfermant la citadelle. Elle s’illustre par une double enceinte crénelée de plan carré, mesure 40 m de côté et s’organise en plusieurs secteurs symétriques constitués de salles bordées de banquettes à jarres de stockage. Leur scellement témoigne d’un contrôle rigoureux d’une administration centralisée. Victime d’un grave incendie, elle fut rénovée et ses murs extérieurs peints en rouge vif, puis abandonnée avec des rites complexes de fermeture.

Différentes réoccupations tardives sont attestées à Ulug-dépé : époque Hellénistique vers 300 avant J.-C., puis tardives à la fin de la période Médiévale 1200-1210 de notre ère, représenté par l'installation d'un édifice religieux au sommet du dépé.

La conservation et la restauration du site d’Ulug-dépé répondent à un devoir de formation et de mise en valeur du patrimoine local. Il s'agit de garantir la sauvegarde des vestiges archéologiques exhumés sur le chantier archéologique grâce à la consolidation in situ des artefacts fragiles (matériel osseux, enduits peints, artefacts en terre crue). Alors que les céramiques et les métaux subissent des traitements de dessalage, des travaux de drainage des eaux de pluie, principal agent de destruction des structures architecturales en brique crue, sont entrepris sur le site au fur et à mesure de l’avancée des fouilles.

Ce travail de conservation des vestiges archéologique permet ensuite leur présentation en contexte muséographique dans les différents musées du Turkménistan. Enfin, depuis 2004, la MAFTur a entrepris la formation d’assistants de conservation sur le terrain et a mis en place depuis 2010 un laboratoire de conservation-restauration de terrain opérationnel pour le traitement et l’étude de l’ensemble des artefacts découverts.

Bibliographie

Bendezu-Sarmiento (J.), Lhuillier (J.)

2011

« Iron Age in Turkmenistan: Ulug depe in the Kopetdagh piedmont », in M. A. MAMEDOW (dir.), Historical and Cultural sites of Turkmenistan. Discoveries, Researches and restoration for 20 years of independence, Ashgabat, Türkmen döwlet nesiryat gullugy, p. 238-249.

Mission Archéologique Franco-Turkmène (MAFTUR)
LECOMPTE (O.)
OTTENWELTER (E.)
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