Mes ʻAynak

S’étendant sur une superficie de 4 km², Mes ʻAynak est une zone archéologique située à plus de 2 000 m d'altitude, localisée à 35 km au sud de Kaboul dans la province de Lôgar. Elle se compose d’une dizaine de monastères bouddhistes et zoroastriens et d’installations minières datées du Ier au VIIème siècle de notre ère. Cette zone archéologique est aujourd’hui menacée par l’exploitation de ce qui est aujourd’hui considéré comme la deuxième plus grande réserve mondiale de cuivre.

La DAFA apporte un soutien scientifique et technique à l'Institut National d'Archéologie dans le cadre de la grande opération de sauvetage de la zone de Mes ʻAynak. La quantité importante de données collectées sur le site comme l’impossibilité de conserver sur place des vestiges dégagés ont conduit à une étroite collaboration entre la DAFA et les archéologues afghans afin de définir une méthodologie adaptée à une archéologie de sauvetage.

Le manque d'expérience de nos collègues afghans tant dans la fouille de sauvetage que dans l’exploitation scientifique des vestiges découverts, a conduit la DAFA à soutenir activement l'intervention de spécialistes en archéologie préventive et sur les études bouddhiques. Cette démarche a très largement permis d’ouvrir un dialogue sur les perspectives scientifiques de ce type d’intervention avec les chercheurs concernés tel que Paul Benoît de l’Université de Paris 1 ou Paul Craddock du British Museum et plus récemment Daniel Steiniger du DAI pour les questions d'exploitation de mines et de métallurgie.

Toute fouille de sauvetage étant conditionnée par trois facteurs : le temps disponible, les moyens accordés et le potentiel scientifique du site. Une stratégie de fouille a été définie en fonction des financements obtenus. L'étude préliminaire réalisée par la DAFA avec des financements de la Banque Mondiale avait permis de déterminer l'étendue du site (4 km²) ainsi que la nature d'une partie des vestiges (monastères bouddhiques, installations minières, installations de traitement des minerais extraits). La DAFA avait pour ce travail bénéficié des résultats des prospections menées en 1977 par des équipes du CNRS financées en partie par la Commission Consultative des Fouilles Archéologiques à l’Etranger dans le cadre d'un programme sur l'étude des mines de cuivre anciennes sur l'Iran, l'Afghanistan et le Sultanat d'Oman. La séquence d’occupation du site était plus complexe à appréhender, tout comme l’état de conservation des vestiges en raison des pillages récents.

La durée de l’occupation est l’un des principaux axes de recherche qu'il a été choisi de développer sur ce site. Si celui-ci a bien été occupé du II-IIIème siècle jusqu'au VIIIème siècle de notre ère, il s’agissait de comprendre si cette occupation était continue ou si elle avait varié en nature et en "densité".

La deuxième question, plus complexe, était de vérifier la présence d’une occupation antérieure, en considérant que le site ait pu potentiellement être exploité pour ses ressources en cuivre au moins dès le IIIème millénaire. Cette question est d'autant plus importante que les cultures de l'âge du Bronze de l'Afghanistan central sont encore méconnues. La découverte d'occupations de cette période peut donc ouvrir des perspectives d'étude particulièrement stimulantes. Cependant, actuellement, la stratigraphie de la zone fouillée exclue l'existence de dépôts stratifiés importants datable de cette période. Néanmoins, il n'est pas impossible, comme tend à le démontrer la découverte d'une colonnette à rayure typique de l'âge du Bronze, que le site ait pu être exploité aux périodes Protohistoriques.

La relation existant entre les monastères bouddhiques et l'exploitation minière constitue une autre problématique au moins tout aussi intéressante si ce n'est plus. Le bouddhisme en Afghanistan a jusqu'à présent été étudié surtout du point de vue de l'histoire de l'art en abordant assez peu les aspects sociaux et économiques des sociétés dans lesquelles il s'est développé. Bon nombre de chercheurs considéraient que la vie matérielle des monastères était organisée à partir des dons qu'ils recevaient et des aumônes accordées aux moines qu'on envoyait quêter dans les centres urbains. Le site de Mes ʻAynak ne s’inscrit pas dans ce schéma. Avec plus d'une douzaine de monastères, solidement fortifiés, constituant un véritable rempart autour du site minier, on est loin de l'image de moines pacifiques entièrement dévoués à la méditation et à la poursuite d'un idéal bouddhique. Dans la zone située à l'intérieur de l'enceinte, les monuments bouddhiques ou les petites chapelles, les installations métallurgiques ou minières et les édifices sacrés se trouvent intimement mêlés. En considérant ces faits, la question du rôle des communautés monastiques se pose. Il est difficile d'imaginer qu'elles ne soient pas, au moins en partie, des agents importants dans le processus d'extraction des minerais, mais aussi dans celui de sa transformation voire même de sa commercialisation.

De récentes découvertes (temple (?), zone funéraire) semblent par ailleurs montrer la présence à Mes ʻAynak d’une occupation zoroastrienne qui aurait pu coexister avec la religion bouddhique pour un temps. La cohabitation de ces deux religions sur un même site présente encore une problématique qui devrait rapidement apporter de nouvelles données.

Les questions plus technologiques semblent également pouvoir être particulièrement bien documentées à Mes ʻAynak, qu'il s'agisse de l'extraction (la technique employée ici est celle du dépilage filonien), du traitement du minerai (concassage et réduction), de la production du métal (fours de recuit et d'affinage) et de l'utilisation de ce métal (atelier monétaire entre autres). C'est donc une chaîne opératoire complète qui peut être étudiée avec toutes les évolutions et innovations que l'on peut attendre et percevoir sur un site aussi massivement exploité pendant plusieurs siècles.

Bibliographie

Collectif

2013

Recent Archaeological Works in Afghanistan - Preliminary studies on Mes Aynak excavations and other field works, Kaboul.

Engels (N.)

ICONEM

Conférence de Khair Muhammad Khairzada

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