Historique de la DAFA

La DAFA a été créée par une convention bipartite signée le 9 septembre 1922 et confié à l’éminent archéologue orientaliste Alfred Foucher. Cette collaboration politique et culturelle unique entre la France et l’Afghanistan a débuté par des missions d’exploration et s’illustre aujourd’hui à travers une recherche archéologique dynamique dans l'ensemble de l'Asie centrale dont la renommée est internationale.

L’histoire de la DAFA est marquée par quatre périodes qui correspondent à des tournants dans l’histoire internationale, celle plus personnelle de la formation de chacun de ses directeurs et à l’évolution rapide, durant le siècle dernier, des méthodes scientifiques de l’archéologie.

La DAFA de 1922 à 1942

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En signant la convention des fouilles archéologiques avec l’Afghanistan, la France a obtenu un monopole des recherches archéologique à travers ce pays. Le rôle politique et le charisme des chercheurs à la tête de la DAFA durant cette période est évidemment essentiel : Alfred Foucher de 1922 à 1934, Joseph Hackin de 1934 à 1940 et Roman Ghirshman de 1940 à 1942.

La première grande mission entreprise par A. Foucher, de 1923 à 1925, concerne les fouilles archéologiques dans la mythique citadelle de Balkh. Alors que ses intérêts scientifiques personnels sont de développer des recherches sur l’art gréco-bouddhique dont il est sans doute le plus grand connaisseur de l'époque, A. Foucher est contraint par des objectifs fixés pour la DAFA à Paris de rechercher les vestiges de la civilisation grecque laissés par Alexandre le Grand lors de sa conquête de cette partie du monde. Cette mission sera qualifiée par A. Foucher de "mirage bactrien" raconté dans le premier tome des Mémoires de la DAFA intitulé La Vieille route de l’Inde, de Bactres à Taxila.

Il faut attendre les trois campagnes de fouilles intensives menées à Hadda de 1926 à 1928 par Jules Barthoux, pour exhumer des milliers de pièces archéologiques des périodes gréco-bouddhiques tant convoitées par A. Foucher.

C'est durant ces premières années en Afghanistan que Joseph Hackin poursuivra les fouilles commencées à Bâmiyân par André Godard. Après le départ d'A. Foucher d'Afghanistan, en 1925, c'est J. Hackin qui prendra la responsabilité de la DAFA jusqu'à son départ durant la deuxième guerre mondiale. Ce dernier contribuera à la renommée de l’institution par la découverte du trésor de Bégram, fouillé de 1937 à 1940, trésor qui témoigne de la prospérité économique du pays sous l’empire kushan et illustre la position centrale de l’Afghanistan comme un carrefour d’influences notamment indiennes et iraniennes.

Avec le départ de J. Hackin en 1941, c'est Roman Ghirshman qui dirige la DAFA pendant deux ans avant d'être révoqué par le gouvernement de Vichy. Durant cette période il continuera le travail de son prédécesseur à Bégram et il ouvrira un chantier sur le site préhistorique de Nad-e ʻAli, élargissant ainsi le champ d’intervention chronologique de la DAFA. 

La DAFA de 1945 à 1965

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Cette seconde période se caractérise par de profonds changements politiques, institutionnels et scientifiques. La Commission des fouilles définit les nouvelles orientations des travaux français à l’étranger. Le monopole de la DAFA prend fin en Afghanistan et un siège permanent est installé à Kaboul sous la direction de Daniel Schlumberger. L’institution va désormais jouer un rôle d’expertise auprès des autorités afghanes et former de jeunes chercheurs aux études orientales.

Orientée vers l’archéologie gréco-bouddhique jusqu’en 1945, la DAFA élargit ses champs de compétence aux périodes Protohistoriques et Islamiques afin de répondre aux préoccupations nationales. La Protohistoire afghane est explorée sur le site de Mundigâk fouillé de 1951 à 1958 sous la direction de J.-M. Casal. Des sites de la période Islamique mobilisant divers spécialistes sont également étudiés, principalement le Lashkari Bazar sous la direction de D. Schlumberger (1949 à 1952) puis le minaret de Jâm confié à André Maricq et Ali Kohzad en1957.

C’est dans une perspective hellénisante que D. Schlumberger poursuit les travaux d'A. Foucher à Balkh, mais les sondages ne révèlent, cette fois-ci encore, aucun vestige grec. La découverte de blocs inscrits en l’alphabet grec l’amène à suivre cette piste sur un autre site, celui de Shurkh Kotal. Le site est un sanctuaire construit vers 125 après J.-C. par un souverain de la dynastie des Kushans mais le décor architectural atteste l’existence d’un foyer d’art grec local. C’est finalement sur le site d’Aï Khanoum, après la découverte d’un chapiteau corinthien, que la DAFA entreprend la fouille d’une véritable colonie grecque.

Parallèlement aux grandes missions, D. Schlumberger multiplie les fouilles ponctuelles élargissant ainsi les perspectives de l’institution face à la concurrence étrangère. Les sites de Khona Masjed, Shâkh Tepe et le monastère de Goldara sont tous trois fouillés en 1963. D. Schlumberger développe par ailleurs la bibliothèque de recherche initiée par J. Hackin afin de combler le retard des publications.

La DAFA de 1965 à 1982

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C’est une période politiquement mouvementée en Afghanistan en raison des changements de gouvernement et des coups d’Etat. Dans ce contexte la France va redéfinir les objectifs scientifiques de la DAFA qui sera sous la direction de Paul Bernard de 1965 à 1980, puis de Jean-Claude Gardin de 1980 à sa fermeture en 1982.

Sur le terrain, le site d’Aï Khanoum monopolise les archéologues français. Les résultats de ces campagnes de fouille qui ont duré 13 ans, permettent enfin de mieux documenter la présence grecque en Asie centrale. Dès 1974, une prospection est menée par J.-C. Gardin et son équipe dans les plaines de Bactriane orientale. Henri-Paul Francfort fouille le site de Shortugaï de 1976 à 1979 documentant l’histoire de cette colonie harapéenne de la civilisation de l’Indus. D'autres prospections sont menées dans le Haut-Tokhârestân de 1976 à 1978.

Le colloque international sur l’Asie centrale organisé à Paris en 1976 permet à la DAFA de présenter ses travaux de terrain sur les périodes Protohistorique, Grecque et Kouchane, et d’orienter désormais ses travaux dans le cadre d'une "archéologie théorique".

En 1978, suite à l’avènement du régime communiste en Afghanistan, les chercheurs de la DAFA cessent leurs activités de terrain et se concentrent sur la publication de leurs travaux. En 1982 la DAFA ferme son siège à Kaboul et rapatrie ses archives scientifiques en France (principalement au Musée Guimet). Même si l’institution n’existe plus administrativement, ses travaux sur l’Afghanistan se poursuivent en Europe sous la forme de publications et communications

La DAFA de 2003 à aujourd’hui

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C’est dans un contexte de reconstruction du pays marqué par 20 ans de guerre que la DAFA se réinstalle à Kaboul en 2003 sous la direction de Roland Besenval. Ce spécialiste de la Protohistoire centre-asiatique élabore un programme scientifique pour étudier l’histoire de l’oasis de Bactres de ses plus anciennes occupations à la période timouride. En 2005, il y découvre le site de Tepe Zargarân et reprend les fouilles sur le Bala Hissar. A partir de 2007, il s’intéresse également aux remparts de Balkh et au site de Cheshme Shafâ.

Philippe Marquis reprend la direction de la DAFA en 2009, poursuivant les recherches dans l’oasis de Bactres tout en engageant un vaste programme de sauvetage du site de Mes ʻAynak dans le Logar, dont les enjeux scientifiques, patrimoniaux et politiques sont immenses. En 2012, un traité d’amitié et de coopération incluant les travaux de la DAFA est signé entre la République française et la République islamique d’Afghanistan pour une durée de 20 ans.

Depuis 2014, la DAFA est dirigée par Julio Bendezu-Sarmiento. Les travaux se poursuivent à Balkh (Bala Hissar), Cheshme Shafâ, Noh Gonbad, sur le complexe de Mosallâ à Hérat, à Shahr-e Gholghola à Bâmiyân et à Mes ʻAynak. Les archéologues franco-afghans, soutenus par la DAFA, continuent leurs recherches : le professeur Zémaryalaï Tarzi à Bâmiyân de 2003 à 2012 et Zafar Païman à Kaboul depuis 2004.

La DAFA demeure aujourd’hui la seule institution archéologique étrangère permanente en Afghanistan. Elle soutient des projets pluridisciplinaires bilatéraux ou multilatéraux dans différents domaines : l’inventaire du patrimoine archéologique, la recherche archéologique de terrain, la conservation et la préservation du patrimoine afghan ainsi que la formation des jeunes archéologues. Ses compétences s’étendent dans une région plus vaste incluant principalement les ex-républiques soviétiques de l'Asie centrale.

Bibliographie

BENDEZU-SARMIENTO (J.), MARQUIS (P.)

2015

« The French Archaeological Delegation in Afghanistan (DAFA). A short history of nearly century-old scientific research in Afghanistan (1922-2015) », in B. CASSAR and S. NOSHADI (Ed.) Alive, Safeguarding Cultural Heritage in Post-C Afghanistan, UNESCO, p. 104-113.

BESENVAL (R.)
FENET (A.)
GORSHENINA (S.)
MARQUIS (P.)
OLIVIER-UTARD (F.)

Institution

Logistique

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